Vendredi 30 novembre 2007
Les scorpions
Nous étions
trois jeunes enseignantes à habiter une maisonnette éloignée des gens. L'école et avec elle notre logement, le logement du service, étaient bâtis à côté d'une route caillouteuse loin du douar.
Privées d'électricité, de réseau et de tout autre confort citadin, on avait pour seuls voisins un cimetière et un marabout. Ça nous a effrayées au début. Mais comme on n'avait pas le choix. On
s'est résigné et l'habitude s'est installée pour nous faire oublier nos peurs. Six mois sont écoulés sans incident…
La nuit était calme.
On n'entend plus l'hurlement du vent qui a dérangé notre sommeil tout au long de l'hiver. C'était une nuit tiède qui annonçait le printemps. Nadia les
cheveux défaites portait à la main gauche un miroir, avec l'autre main elle appliquait minutieusement sur le visage une crème éclaircissante. Les rayons timides de sa bougie donnaient à la fois
éclat et mystère à sa beauté. J'étais demi-allongée sur le lit. Les pieds cachés sous le drap, le dos appuyé au mur, je regardais nostalgiquement mon album photo.
Une odeur
appétissante venait de la cuisine. C'était le tour de Siham pour faire le dîner. Elle était douée. Le Tagine est sa spécialité. J'avais faim. L'odeur m'entrainait vers la cuisine.je traversais un
petit couloir qui donne sur la porte d'entrée. Une enveloppe jaune était par terre. Une d'entre nous l'a fait tombée peut être, ou bien quelqu'un l'a glissée sous notre porte. Je la ramassai. Je
constatai, avec surprise, qu’il était lourd pour une enveloppe, et qu’elle ne contenait surtout pas des feuilles, ce n’était pas une lettre ! Mes doigts palpaient une sorte de petites boules. Qu’est ce que c’est ?!!
D’un seul pas je me retrouvai à la cuisine. Quand je montrai l’enveloppe à Siham, elle devînt toute pâle, elle cria : « c’est peut être de
la magie noire ! Quelqu’un nous a jeté un sort !! » Après cette phrase, je sentis comme une sorte de force maléfique émanait de cette
maudite enveloppe. Je ne pouvais plus la tenir dans la main. Dégoûtée, je la posai sur le potager et je posai à
côté d’ el le ma bougie. Il faut l’ouvrir.
. Siham la stabilisait avec une cuillère tandis que je la coupais
avec des ciseaux. Toutes les deux nous poussâmes un cri assourdissant !!!
Nadia nous rejoignît précipitamment. Elle resta bouche bée devant la
porte .la cuisine était sombre, des pattes noires et jaunes sortaient de l’enveloppe, des queues aussi avec du venin. Les scorpions se propageaient
sur la blancheur du potager, certains tombèrent sur le sol en provoquant un claquement terrifiant. Le cercle de lumière produit par la bougie et
qui n’éclaire que ces insectes, donnait à la scène des dimension gigantesques. C’était comme un très grand grand plan sur l’horreur.
Comment on s’est retrouvé à nouveau au couloir ? Qui a eu la bonne idée de bien
fermer la porte de la cuisine ? Je ne m’en souviens plus. Je me rappel le seulement que Nadia et
moi, nous voulions quitter l es lieux .on pouvait pas passer la nuit sous le même toit avec ces scorpions. On ira au douar même si on devait marcher une demi-heure dans les ténèbres. Aucune famille ne refusera de nous
accueillir pour une nuit.
On ne pensait qu’à la fuite. La peur nous a dévoré le
cerveau. Heureusement que Siham était là ! Ma belle et sage collègue !! « Non, pas question, on ne quittera pas la maison ;
vous avez oubliez ceux qui ont glissé cette saloperie !ils nous attendent sûrement derrières cette
même porte ».
Les deux portes se métamorphosaient, elles ne sont
plus portes, elles sont dangers, elles sont menaces, elles sont angoisse. L’une devient un scorpion géant avec une queue qui projette le poison à distance. L’autre devient un homme, des hommes,
des psychopathes, des voleurs, des violeurs…des tueurs.
On se tait. Combien de temps nous sommes resté sans parler ? sans bouger ,sans respirer…à
écouter, à attendre…longtemps ,en tout cas assez longtemps pour que la bande qui nous guette s’impatiente et donne signe d’existence ;quelqu’un frappe à la porte !!!Oui à mi-nuit
frappe à la porte d’une maisonnette perdue dans la montagne.
Une maisonnette où habitent trois filles de vingtaine d’années, où habitent aussi pour le moment vingt ou trente scorpions !
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